Mali : Des révélations sur la disparition d’un journaliste d’investigation

L'image Les noms de Karim Kéïta, fils du Président de la République et du Colonel Cheick Oumar N’Diaye cités.

Il y a bientôt un mois que l’honorable député Oumar Mariko est parti dire aux représentants des trois familles fondatrices de Bamako : « Allez dire à IBK de demander au colonel Cheick Oumar N’Diaye de vous montrer où se trouve votre frère et fils, Birama Touré ». Ils ont promis de revenir vers lui. Il attend toujours leur réponse. Ces responsables observent depuis lors un silence assourdissant. Là aussi, l’argent de la corruption a fait son œuvre !

Que resterait-il de notre réputation de journal d’investigation si on n’avait pas pu relever le défi que nous ont lancé les tortionnaires et assassins de notre collègue et confrère Birama Touré ? Dès le jour que nous avions été informés de sa disparition, nous avons juré de jeter un jour, un faisceau de lumière sur cette ténébreuse affaire, d’en démêler le cohérent du boursouflé et de vous en informer très chers lecteurs.

 

« Le Sphinx » sait dorénavant par qui, quand, pourquoi et comment notre collègue Birama Touré a été torturé puis assassiné.

L’enquête nous a pris près de deux ans au cours desquels nous avons collecté des infos que nous avons recoupées et croisées, malgré le procès que le très (dés) honorable Karim Kéïta nous a intenté dans le but de nous faire condamner, afin qu’au terme de nos investigations, on nous traite de menteurs si jamais on parvenait à défaire le nœud gordien de la mystérieuse disparition de notre collègue Birama Touré.

Malheureusement pour lui, le contre-feu qu’il a allumé a fait long feu grâce au courage de Faradji Touré, le Président du Tribunal de Grande instance de la commune III et à celui des magistrats de la Cour d’Appel de Bamako, avec une mention spéciale au Procureur Diakaridia Goïta qui, après nous avoir écouté durant 07 heures d’horloge a dit : « J’ai un seul conseil à donner aux avocats de la partie civile, (ils étaient cinq, ndlr) : allez dire à Karim Kéïta de retirer sa plainte, puisque ce que Dramé vient de dire ici n’est pas bon pour lui ».

Ils ont fait choux blanc dans leur tentative de nous museler. L’inénarrable fils du président de la République s’est rendu compte que le fil de notre enquête se dirigeait inexorablement vers lui grâce à la police politique parallèle qu’il a mise en place à l’intérieur même de la Sécurité d’Etat et qui surveillait nuit et jour votre humble et fidèle serviteur et ses autres collègues.

Un confrère dont nous assumons la lâcheté

Le régime d’Ibrahim Boubacar Kéïta, après avoir échoué dans sa tentative de nous corrompre, a essayé de faire le vide autour du « Sphinx » en tentant de débaucher ses journalistes. Malheureusement, Birama Touré est tombé dans le piége. En effet, quatre mois avant sa disparition, le Directeur de publication d’un journal de place inféodé au régime l’a « recruté » à notre insu.

C’est lui qui va le pousser dans les bras de ses meurtriers. Nous tairons son nom, jusqu’au procès – car tôt ou tard, il aura lieu- comme nous l’avions fait, dans le passé, en refusant de divulger les noms de nos confrères qui se sont cachés derrière leur petit doigt pour écrire dans l’anonymat le plus complet le pamphlet moyennageux « ATTcratie, la vie d’un homme et son clan », qu’ils ont signé « Le Sphinx » dans le but de nous nuire, en réglant, au passage, un vieux « contentieux ». Nous avions assumé leur lâcheté, nous assumerons celle de ce dir’pub qui sera nommé, in fine, dans un important Ministère pour services rendus, avant d’y être renvoyé comme malpropre.

Comme lui, nous donnerons des pseudonymes à certains protagonistes du lâche assassinat de notre confrère Birama Touré pour les besoins de l’enquête. Selon une de nos sources qui est prête a témoigner dans le cadre d’un procés, c’est donc ce dirpub qui appela un jour de janvier notre collègue qui travaillait parallélement avec lui, depuis quatre mois pour lui dire ceci : « On va avoir de l’argent. Va voir Karim Kéïta, tu lui diras que tu viens vers lui, au nom du Journal « Le Sphinx », recouper une info, auprès lui, selon laquelle, il aurait mis en enceinte la femme de son ami (M.A, ndrl). Il va rire puis nier l’info mais tu lui diras que tu es venu, tout jusque, pour prendre sa version avant publier ton article. Et tu verras, il va te donner de l’argent. Tu me donneras ma part et tu feras un fastueux mariage ».

Nous saurons, deux ans plus tard, suite à la confidence d’un cacique du régime, très proche d’IBK, que Karim Kéïta a remis, ce jour-là, à Birama Touré, deux (2) millions de FCFA, tout en lui promettant de le rappeler plus tard.

Mais toujours inquiet du scandale que cela risque de provoquer dans un journal à large diffusion qu’est « Le Sphinx », il alla se confier à son ami et accolyte, le colonel Cheick Oumar N’Diaye, à l’époque responsable des Enquêtes à la Direction générale de la Sécurité d’Etat (DGSE), lequel lui aurait dit : « Il ne faut jamais rentrer dans ce jeu-là. Quand un journaliste te fait un chantage-people, dès qu’il est fauché, il t’enverra un autre de ses confrères. Tu ne t’en sortiras jamais. Laisse-moi m’occuper de ça ! ».

Il appela alors l’adjudant de gendarmerie, A.K -toujours en service à la SE- pour lui intimer l’ordre de retrouver Birama. C’est ce dernier avec ses collègues qui enlévèrent et tourturèrent notre confrère dans une villa sise à Sotuba ACI avant de l’amener au sein de la Sécurité d’Etat oû ils l’ont enfermé dans la cellule 5 ou 6 selon certaines personnes, détenues elles aussi à la SE, à la même période, que nous avons discrétement interrogées.

Moussa Diawara, le Directeur Général de la Sécurité d’Etat était-il au courant ? Il nous semble que non puisque il renvoya le colonel N’Diaye de son service. Ce dernier sera bombardé, plusieurs mois après, Commandant de la Légion de Gendarmerie de Ségou avec l’appui de son ami et complice de Karim Kéïta et naturellement à l’insu de son ex-DG

Coincidence ou pas, peu de temps après le décés de Birama Touré, le colonel N’Diaye bénéficia d’un stage en France et d’un logement social qu’il mit au nom de sa femme (D.C)

Toujours selon l’un de ses co-détenus, Birama Touré serait resté à la SE durant 9 mois -de fin janvier à novembre 2017-, date à laquelle il aurait été exécuté. C’est le terme qu’il a utilisé.

Quand il a rendu l’âme, Karim Kéïta aurait été informé. Il aurait demandé de prendre toutes les dispositions pour cacher le corps. Ce qu’une équipe dirigée par le même adjudant de gendarmerie fera dans un endroit qu’un ami de ce dernier (N.D) montrera à une de nos sources. Naturellement, nous tairons également le lieu pour les besoins d’enquête.

Karim Kéïta accusé formellement, mais jamais auditionné

Un an après la date supposée de la mort de Birama Touré, notre jeune et excellent confrère Boubacar Yalcouyé titrait à la Une de son Joiurnal « Le Pays » : « Birama a été enlevé et séquestré dans les cellules de la DGSE sur instruction de l’honorable Karim Kéïta.»

Il précise que sa source est prête à témoinger. Cette info provenant des co-détenus de notre confrère disparu depuis, renfonce la thèse émise par l’inspecteur Papa Mambi Kéïta aujourd’hui en exil à Paris pour avoir arrêté un bandit proche de Karim Kéïta qui a tiré sur un chroniqueur de la place tristement célèbre. Le policier affirmait dans une interview qu’il a accordée au « Sphinx » : « A l’heure où je vous parle, votre collègue et confrère Birama Touré ne vit plus. ».

Comme on le voit, les témoignages sont poignants, leur sérénité, olympienne. Ils affirment tous que Birama a été bel et bien détenu à la Sécurité d’Etat. Boubacar Yalcouyé finira par être écouté par le juge d’instruction chargé de l’affaire, Famakan Cissé, durant 04 heures d’horloge puis relaxé avec le statut témoin. Aussi paradoxal que cela puisse paraitre, le juge Cissé n’osera jamais demander à auditionner Karim Kéïta. Une chape de plomb venait d’être jetée sur l’affaire sur instruction venue d’en haut, nous révèle, mezza voce, une de nos sources bien informées.

Mais un an auparavant, dans son journal « Le Matinal », notre non moins excellent confrère Issaka Sidibé écrivait ceci : « Selon des informations, toutefois délivrées au conditionnel mais jugées très sérieuses par notre source, le nommé Birama Touré aurait reçu « un appel téléphonique inconnu l’invitant à une rencontre en aparté ». Le journaliste accepte l’offre qui se termine par « un enlèvement ». C’est ainsi que notre confrère se serait retrouvé à Sotuba dans une maison close d’un service réputé au Mali pour sa dangerosité ». Notre interlocuteur, très adroit dans l’information, est formel : Birama a été enlevé et porté disparu sans preuve de vie». Sidibé n’a pas été inquiété. Pas plus que le dir pub du « Sphinx » qui a repris l’article in extenso.

Selon un de ses ex-codétenus, Birama Touré a été torturé à l’électricité sur tout son corps, y compris ses parties intimes qui étaient enflées ; pendu, la tête en bas. Il ne pouvait pas se coucher ni sur le dos, ni sur la poitrine, ni sur ses côtés. Il était obligé de dormir sur les épaules d’un codétenu qui l’avait pris sous son aile. Toujours selon le même co-détenu, notre confrère a subi un véritable purgatoire. Pour lui, c’est un crime odieux.

Chose gravissime, ces accusations portées sur Karim Kéïta n’ont suscité la moindre réaction de la part des pouvoirs publics. Oui le Mali d’IBK est devenu une Res Publica bananière où le prince a droit de vie et de mort sur le citoyen lambda, fût-il journaliste

Il est important de relever qu’un jour avant sa disparition, Birama Touré qui avait démissionné trois semaines auparavant, se présenta avec un individu à la rédaction du « Sphinx » pour demander après notre Directeur de publication qui était en déplacement à Dakar. Il ne semblait pas être dans son assiette, le regard furtif, on avait l’impression qu’il voulait communiquer avec les deux collègues qui étaient en place mais l’individu lui ordonna de quitter les lieux. Aussi paradoxal que cela puisse paraitre, ni l’inspecteur de police en charge de l’affaire dans un premier temps, ni le capitaine de gendarmerie qui héritera du dossier par la suite, n’ont essayé de retrouver cet individu dont la visite avec Birama Touré à la rédaction du « Sphinx » leur a été pourtant signalée. Pire, il n’y a aucune mention de celle-ci dans le dossier. Manifestement, il s’agit d’un agent de la SE. S’il avait trouvé ce jour-là notre Directeur de publication, celui-ci aurait certainement subi le même sort que Birama.

 

« Quand on veut péter plus fort que son anus, on risque de le déchirer »


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