Un Sommet Afrique-France qui pique !

 

«Chez nous, celui qui prend soin de l’étranger est un ami de Dieu». Bamako avait fait sa toilette. La capitale malienne était redevenue Bamako la coquette, prête à accueillir dignement le 27ème Sommet Afrique-France «pour le partenariat, la paix et l’émergence». Le Maliba a bien pris soin de ses étrangers.

Les présidents Ibrahim Boubacar Keita et François Hollande étaient en première ligne. Sur chacun pesait le bilan mitigé des années passées aux commandes de son propre pays. IBK qui n’en finit pas de ne pas restaurer la souveraineté de l’Etat sur toute l’étendue du territoire malien, et Hollande, que son bilan de politique intérieure a amené à ne pas se présenter aux élections présidentielles en mai 2017,  a souligné le nombre de ses voyages officiels en Afrique, et la «réussite» des opérations militaires françaises au Mali et en RCA. Mais l’heure n’était pas à la polémique au CICB (Centre International de Conférence de Bamako).

IBK et Hollande accueillaient les chefs d’Etat et de gouvernement d’Afrique,  les organisations internationales africaines, l’OIF (Francophonie), la Banque mondiale, le FMI (Fonds monétaire international), la BAD (Banque africaine de développement), d’autres acteurs financiers, de nombreux entrepreneurs français et africains, les jeunes, les femmes. L’heure était aux rencontres de haut niveau. L’heure était au partenariat, à la paix et à l’émergence. Dans le cadre de la coopération bilatérale entre les deux pays, le sultan Mohamed Saeed Hamad Al Shamsi, secrétaire d’Etat en charge de l’aide extérieure des Emirats Arabes Unis, est venu à Bamako, remettre au Mali un don de plus de 40 millions de dollars «pour la réussite du 27e Sommet Afrique-France», 80 véhicules 4×4, dont la moitié sont blindés, des chapiteaux et des groupes électrogènes.

François Hollande a annoncé le nouvel objectif annuel de formation

25 000 soldats africains «pour une autonomisation progressive des armées africaines» (soit 25% de plus que l’objectif fixé en 2013), l’allocation supplémentaire d’1 milliard d’euros par an «pour des projets de développement sur le continent Africain» (soit 25% de plus en trois ans), la création «d’un fonds d’investissement franco-africain à destination des PME» doté de 76 millions d’euros, et, en matière de lutte contre le réchauffement climatique, l’augmentation du soutien de 2 milliards d’euros décidée à la COP 21 en 2015, à 3 milliards d’euros par an (soit 50% de plus) «pour le développement des énergies renouvelables en Afrique».

Tous ces chiffres, qui donneraient encore plus le vertige s’ils étaient convertis en monnaies africaines, attisent la colère des organisations de veille citoyenne, et font mal à la tête aux populations africaines qui se demandent chaque jour où va encore passer toute cette aide, qui va «manger» tout cet argent. En effet, malgré les milliards d’euros de «dons» annoncés depuis des années, les gens n’en voient quasiment aucune retombée positive sur leur vie quotidienne. Ils entendent les décideurs nationaux et internationaux se féliciter de l’augmentation du taux de croissance économique de leur pays, mais ils cherchent toujours le prix des condiments, et n’ont pas accès aux soins, à l’électricité, à l’eau et à la scolarité publique, car ils sont ceux d’en bas. L’éternel refrain de la lutte contre la mauvaise gouvernance, contre l’enrichissement illicite que tous les régimes aiment à chanter, n’empêche pas le ventre des gens d’en haut de grossir pendant que résonne le ventre creux des gens d’en bas.

Les mouvements sociaux ont aussi soufflé le vent de l’anti-françafrique dans les rues de Bamako, et ailleurs. Nul n’ignore que ni la coopération militaire et économique entre pays, ni l’aide au développement, que les décideurs nationaux acceptent au nom de leurs citoyens, ne sont des cadeaux. Elles sont assorties de servitudes qui enchaînent les pays bénéficiaires. Servitude par l’alourdissement de la dette publique, servitude par les conditionnalités qui influent sur les politiques diplomatiques locales, et exigent le renforcement du secteur privé au détriment des services publics.

«L’Afrique, pour la France, est un continent d’avenir» … Personne n’a oublié cette phrase, prononcée par François Hollande, en décembre 2013 à Paris, dans son allocution au Sommet de l’Élysée «pour la paix et la sécurité en Afrique». L’Histoire que les pays francophones partagent avec l’ancien colon demeure une marque au fer rouge dans la chair et l’esprit des populations. Mais l’Afrique d’aujourd’hui attire de nouvelles convoitises. D’autres puissances voient aussi leur avenir en Afrique. Sans faire de bruit, et accueillies à bras ouverts par les décideurs africains, les puissances dites émergentes sont venues s’immiscer dans les relations néocoloniales.

Depuis quelques années, les contrats signés lors des différentes éditions des sommets «Chine – Afrique», «Inde – Afrique», «Turquie-Afrique», «Afro-Arabe», mettent à mal la domination économique française en Afrique. Difficile de croire que le 27ème Sommet Afrique-France n’avait pas pour objectif de redresser la barre du navire France. Sa diplomatie politique et sa diplomatie économique ont régné en grandes prêtresses à Bamako. Mais comme après chaque grand’messe internationale, dans la déclaration finale de leurs travaux, les chefs d’État et de gouvernement ont pris note de…, ont décidé de…, ont réaffirmé…, s’engagent à…, appellent à…, se sont félicités de… Attendons un peu, ils tireront le bilan de tout cela lors de leur prochaine rencontre de haut niveau !!!

Françoise WASSERVOGEL


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