Junte de Kati - France - Religieux : Que reste-t-il des soutiens d’IBK ?

Nul ne le conteste : en juillet et août 2013, le président Ibrahim Boubacar Kéïta a été porté à la magistrature suprême comme il n’en a jamais été le cas dans l’ère de la jeune démocratie malienne. Plus que les scores enregistrés à l’occasion de ce double scrutin présidentiel, c’est la ruée engendrée vers les urnes pour choisir le candidat du Rpm qui a étonné plus d’un. Mais, nul n’est dupe. Jamais auparavant, les militaires, les religieux, la France (plus précisément son président Hollande) et la communauté internationale, ne s’étaient autant affichés en faveur d’un candidat à l’élection présidentielle. Chacun de ces groupes a joué un rôle prépondérant dans la mascarade qui a favorisé l’élection d’IBK. Aujourd’hui, l’exercice du pouvoir a révélé le vrai visage d’un président qui a « roulé tout le monde dans la farine ». Conséquence : il est en froid, pour ne pas dire en en rupture, non seulement avec son peuple, mais aussi avec tous ses soutiens d’hier. C’est le clash avec la bande à Haya (les putschistes) ; la distance avec le Haut conseil islamique et beaucoup d’autres branches religieuses, François Hollande est parti. Alors, qui pour soutenir IBK en 2018 ?

 

Comme hypnotisés, des millions de Maliens ont accordé une confiance aveugle à Ibrahim Boubacar Kéïta à l’occasion de l’élection présidentielle de 2013. Si c’était à refaire, les mêmes personnes ne seraient sans doute point tentées, tant la déception a dépassé toutes les proportions imaginables. Mais, les analystes n’en voudront certainement pas à ces concitoyens qui avaient été désorientés et leurrés par une campagne menée tambour battant en faveur d’IBK dans les garnisons militaires, les lieux de culte et une diplomatie française orientée.

Protection et soutien électoral de Kati à Sébénicoro !

Aussitôt installés à Koulouba (pardon à Kati) à la faveur du stupide coup d’Etat du 22 mars 2012, les militaires ont ouvertement prouvé qu’ils ont pris le pouvoir pour IBK. Dès lors, les tractations entre Kati et Sébénicoro n’étaient qu’un secret de polichinelle pour les Maliens… Dans la nuit du putsch, tous les membres du gouvernement dont les domiciles ont été repérés ont été arrêtés, à l’exception de Bakary Tréta, secrétaire général du Rpm.

Au même moment et les jours suivants, les leaders politiques ont été interpellés, maltraités et conduits à Kati où ils ont passé plusieurs jours dans les pires conditions. Tous, à l’exception de IBK, l’idole.

Mieux, IBK est resté très discret au moment du coup d’Etat, contrairement à Soumaïla Cissé qui avait fermement condamné ce putsch.

Fin tacticien, il avait pris soin de ne pas condamner le putsch militaire du capitaine Amadou Haya Sanogo et de la junte.

Par ailleurs, ceux qui ont la mémoire fraîche se rappelleront facilement que le Rpm a rapidement quitté le FDR (le front anti putsch) auquel il n’a d’ailleurs jamais adhéré réellement.

Mieux, à l’époque, selon certaines sources, Haya et ses camarades confiaient en privé qu’ils « ont des chances d’être ménagés ou même d’être recasés » au cas où IBK viendrait au pouvoir. Cela veut tout dire. Dès lors, ils ont fait de l’élection d’IBK une question de vie ou de mort.

Effectivement, le moment venu, l’opinion a pu découvrir les moyens déployés, ainsi que les stratégies et intimidations employées dans et en dehors des garnisons pour faire élire IBK. « Coûte que coûte ! ». D’où le déploiement d’un impressionnant sécuritaire à son domicile, dès la proclamation des résultats du 1er tour de la présidentielle. Le deal n’était plus un mystère.

Autre indice de ce soutien de l’armée à IBK : au cours d’une conférence de presse animée par son président quand le parti Sadi a quitté la Majorité présidentielle pour l’Opposition, Oumar Mariko confiait ceci : «…La preuve,  après le premier tour de l’élection présidentielle de 2013, Sadi a été démarché par les militaires pour qu’on reconnaisse à la télé la victoire d’Ibrahim Boubacar Kéita avant la proclamation des résultats. Nous avons refusé cela. Mais, certains partis, à travers leurs responsables et pour acheter leur place auprès d’IBK, se sont empressés de faire des déclarations à la télé pour reconnaitre la victoire d’IBK. Je veux dire Me Mountaga Tall, Moussa Mara, Tiéman Hubert Coulibaly. Au parti Sadi, nous avons pensé à l’époque que sauver le Mali était plus important que la personne d’IBK. C’est pourquoi on a refusé».

Mais pour Tiébilé Dramé, président du parti Parena, le doute n’est guère permis : IBK s’est hissé sur les épaules de Sanogo pour accéder au pouvoir…

Plus édifiant : IBK lui-même a reconnu avant l’élection dans les colonnes de notre confrère Le Monde : « Je ne suis pas soutenu par les militaires, je suis soutenu par l’armée malienne dans son intégralité [...] IBK est fier de ce soutien des forces armées et des forces de sécurité du Mali, tous corps confondus. » Sans commentaire !

Le candidat d’alors devenu président  a tourné le dos à Kati. Aujourd’hui, Amadou Haya et toute sa bande sont enfermés entre quatre murs…

Le candidat de la France

En 2013, IBK a beau fait attention de ne pas apparaître comme le « candidat de la France », il n’ pas pu empêcher Hollande de l’étaler sur la place publique.

Membre de l’International socialiste, IBK est très proche de la France où il a vécu pendant 26 ans. Il a fait ses études à Paris, au lycée Janson-de-Sailly et à la Sorbonne. Les personnalités françaises le connaissent bien et l’apprécient ; à l’image de Manuel Valls, Laurent Fabius ou Ségolène Royal qui étaient de son côté, sans conteste.

Ensuite, une fois le choix du candidat fait, le président François Hollande a usé de toute son influence auprès des chefs d’Etat de la sous-région et d’ailleurs pour hisser IBK sur les hauteurs de Koulouba.

Après l’élection du 11 août, il est le premier chef d’Etat à féliciter Ibrahim Boubacar Keïta pour sa victoire, avant même la publication officielle des résultats du deuxième tour. Les deux hommes se sont entretenus par téléphone, et le président français l’a assuré que Paris restera aux côtés du Mali.

Pour l’investiture d’IBK, le 19 septembre 2013, Hollande était au stade du 26 mars de Bamako, aux côtés de ses pairs africains comme Mohammed VI (présenté comme l’invité d’honneur), Alassane Ouattara, Thomas Boni Yayi, Ali Bongo, Teodoro Obiang Nguema, Yayah Jammeh, Goodluck Jonathan, Macky Sall et John Dramani Mahama, Idriss Déby, Denis Sassou Nguesso, Blaise Compaoré (qui était accompagné de son épouse), Faure Gnassingbé, Jorge Carlos Fonseca, Alpha Condé, Mahamadou Issoufou et Moncef Marzouki.

A l’occasion, Hollande a prononcé un discours qui ne laisse aucun doute sur son amitié et sa complicité avec le nouveau président malien. Extrait : « Monsieur le Président du Mali, cher Ibrahim Boubacar KEÏTA. Merci de m’avoir invité ici, à Bamako pour cette cérémonie historique… Nous étions au tout début de notre combat commun, aujourd’hui nous sommes à son aboutissement car c’est une victoire, une grande victoire pour le Mali que nous fêtons aujourd’hui ensemble !

Mon cher Ibrahim Boubacar KEÏTA, je le dis devant le nouveau président élu, la France est fière d’avoir contribué à cette victoire… »

« Le Mali et la France, cher Ibrahim Boubacar, sont unis l’un à l’autre ».

Ça, c’était le 19 septembre. En retour, IBK choisit la France pour sa première visite officielle. Ainsi, le mardi 1er octobre, soit dix jours après son investiture, François Hollande reçoit à l'Elysée Ibrahim Boubacar Keïta. Celui-ci retournera plusieurs fois encore à Paris, chez son « frère et ami » Hollande. Aujourd’hui, Hollande s’est retiré, dignement, du pouvoir. Que deviendra IBK sans son protecteur ?

Entente avec les religieux

Le plus plausible parmi les soutiens d’IBK en 2013 est celui du Haut conseil islamique. Et la ruse d’IBK pour tromper la vigilance des Maliens.

L’homme ne commence jamais ses meetings sans déclamer quelques versets du Coran, et il ponctue ses discours de «inch’Allah» repris par la foule. Durant la campagne présidentielle IBK a joué à fond la carte de l’islam.

Selon l’anthropologue Gilles Holder, spécialiste de l’islam au Mali, « le HCI est un parti politique qui ne dit pas son nom.» Dirigé depuis 2008 par  Mahmoud Dicko, le HCI a créé une plateforme politique baptisée «Sabati 2012» pour peser sur l’élection. Sabati a auditionné plusieurs candidats à la présidentielle, avant de trancher en faveur d’IBK. «Après l’avoir entendu pendant trois heures, nous avons estimé qu’il était le mieux à même de diriger le pays au moment où nous sortons de la plus grave crise de notre histoire», confiait à la presse Moussa Boubacar Bah, le président de Sabati, par ailleurs chargé de la jeunesse au sein du HCI.

 «Nous ne sommes pas un parti religieux et notre action s’inscrit dans le cadre de la République laïque et multiconfessionnelle du Mali. Notre but est simplement d’avertir les politiques sur la défense de nos valeurs. Nous sommes notamment opposés à la diffusion d’une culture mondialisée qui tend à imposer certaines normes internationales dans lesquelles nous ne nous reconnaissons pas : l’homosexualité, l’euthanasie, etc.», expliquait Moussa Boubacar Bah.

Certes, durant cette élection, IBK s’était gardé de reprendre à son compte les thèmes du HCI, mais il avait accueilli avec bienveillance le soutien de cette structure, très influente.

Notre confrère Le Sphinx était allé plus loin en dévoilant un contrat secret qui liait IBK et les leaders religieux musulmans ; une entente conclue à la veille de l’élection présidentielle de 2013.

Quelques points saillants du fameux deal :

« La relecture du Code de la famille non plus par l’administration et l’Etat, mais cette fois-ci par un groupe de travail sous l’égide du Haut Conseil Islamique du Mali.

-Interdiction des débits de boisson, boites de nuit et maisons closes.

-Interdiction des films pornographiques et érotiques.

-Réorganisation de la censure notamment pour l’audiovisuelle (Ortm) et les médias privés.

-Interdiction totale des jeux de hasard.

-Aménagement des lieux de prière dans les ministères et les administrations publiques au frais de l’Etat avec une participation des musulmans.

-Aménagement d’une mosquée dans les aéroports et les hôpitaux.

-Réaffirmation par décret du caractère sacré du mois de Ramadan avec interdiction des festivités et fermeture des débits de boissons, des boites de nuit et des centres de loisirs.

-Médicalisation de l’excision et non pas suppression de cette pratique.

-La prise en charge des imams des mosquées de vendredi et leurs adjoints par un salaire net d’impôts de 300 000 F CFA pour les premiers et 200 000 F CFA pour les seconds ainsi que l’instauration d’une allocation annuelle à allouer aux mosquées de vendredi.

-Interdiction du port d’habits indécents dans les ministères, administrations, institutions et organismes publics et semi-publics.

-La création de tribunaux islamiques de conciliation dans les quartiers et les communes.

-La création d’un ministère des Affaires religieuses…». Là aussi, sans commentaire !

Au-delà du Haut conseil islamique, le Chérif de Nioro a pesé lourd et même très lourd dans le plébiscite d’IBK.

Aujourd’hui, ni le Chérif, ni Mahmoud Dicko, encore moins Moussa Boubacar Bah de Sabati 2012, ne sont en bon terme avec IBK. Pire, le président s’est résolument tourné vers le guide d’Ançardine Chérif Ousmane Madani Haïdara ?

CH Sylla


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