Les Maliens du Rhône se lèvent pour leur pays

Par: Sofia Azzedine, Le Journal international, 15 février 2013

Le 17 Janvier 2012, un camp militaire situé au nord du Mali se fait attaquer par des membres du MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azawad). À cette occasion, une association locale de soutien s’est créée : le Comité Malien du Rhône-Alpes (CMRA). Nous avons rencontré le président de la structure, M. Alfadoulou et le secrétaire aux relations extérieures, M. Amara.


Comment est né le CMRA et qu’elle est votre implication au sein de celui-ci ?

Les Maliens du Rhône se lèvent pour leur pays

M. Alfadoulou Abdoulahi : Suite à la crise que traverse le Mali, nous avons créé une structure dans le but de résoudre les grands problèmes du pays, dont les violences actuelles. Nous organisons des actions comme des marches ou des conférences et des manifestations pour apporter des clés de compréhension à l’opinion publique française et internationale. Nous voulons également résoudre des problèmes importants comme ceux de l’éducation et de la santé.

M. Mohamed Amara : Nous avons été touchés tous les deux par ce que la communauté malienne - dont nous faisons partie - vit aujourd’hui. Le Mali est une nation de « vivre ensemble », que des façons de faire obscurantistes sont venues détruire.

Pouvez-vous revenir sur les prémices des tensions pour nous expliquer la situation actuelle ?

A.A : La base du problème est le MNLA qui est un mouvement non-majoritaire au sein du peuple touareg. Cette mouvance ne constitue que 2% de la population du nord, qui, elle, représente seulement 10% du peuple malien. Ces hommes armés revendiquent un Etat touareg basé sur les terres sahariennes en utilisant l’argument selon lequel les Targui (Touaregs) ne sont pas pris en compte dans le contexte économique et politique malien. Ils clament également que l’indépendance malienne en 1960 n’a pas tenu compte du facteur culturel dans le tracé des frontières. Ceci est largement discutable selon moi. En effet, dans chacun des Etats qui faisaient partie du Soudan français (mis en place entre 1891 et 1904, puis de 1920 à 1946) à l’époque coloniale - comme le Sénégal, ou le Burkina Faso - il y avait différentes cultures et populations, et les changements climatiques qui ont engendré des bouleversements géopolitiques empêchent de faire un Etat fondé sur une notion ethnique.

Historiquement la zone qu’ils revendiquent aujourd’hui ne leur appartient pas. Les Touaregs ne sont même pas originaires du nord du Mali, ils viennent en réalité du nord de l’Afrique, du Cyrénaïque (ancienne Libye), en passant par l’Algérie, puis le Sahara. Ces mouvements de populations sont dûs à des conflits politiques, des persécutions d’ordre religieux et à de graves difficultés économiques ayant pour origine des changements climatiques, la sécheresse principalement.  Ces faits les ont poussés durant la colonisation à de nombreuses révoltes. Il faut aussi noter la division géopolitique entre le Nord et le Sud. Il fallait jusqu’à trois jours pour faire un aller Tombouctou-Bamako. Désormais, grâce à une nouvelle route, on ne met que 24 heures. Ces faits empêchent le développement et la scolarisation par exemple.

Même après l’indépendance du Mali en 1960, la région du nord n’est toujours pas intégrée au niveau économique, ce qui pousse une nouvelle fois à de nombreuses rébellions qui sont réprimées dans le sang. Des survivants sont allés se réfugier en Libye pour intégrer la légion islamique de Kadhafi. Ce dernier leur avait promis de les aider à obtenir la reconnaissance d’un Etat sahélien au Mali. Mais les Touaregs étaient surtout utilisés pour déstabiliser les régimes locaux peu dociles.

Suite à ces nombreuses révoltes, des accords ont été signés avec les différents partis, d’abord à Tamanrasset en Algérie en 1991, puis à Alger en 2006. Ces accords avaient été mis en place pour résoudre la situation à l’origine du désordre social au nord du Mali. Ils contenaient l’intégration des ex-combattants de la rébellion au sein du gouvernement, des investissements de plusieurs milliards d’euros fournis par des ONG pour moderniser, développer et combler le fossé Nord-Sud. Il a également été prévu une démilitarisation du nord, ce qui a été une très grave erreur. Ouvrir la zone frontalière avec l’Algérie, le Niger et la Mauritanie fait du nord du Mali un carrefour de libre circulation de drogues, d’armes et de personnes plus ou moins douteuses.
Mais ils n’ont aucune crédibilité. Le peuple a pu être témoin de la dilapidation de l’argent donné par les ONG par ces Touaregs qui menaient la rébellion. Et lors du renversement du régime libyen en 2011, le MNLA a utilisé les ressources balistiques modernes de la Libye pour organiser le soulèvement.
 
Il faut également prendre en compte les djihadistes, composés de l’AQMI (Al Qaïda du Maghreb Islamique) et d’Ansar Dine (Défenseurs de la Religion en arabe) ainsi que le MUJAO (Mouvement pour l’Unicité et le Djihad en Afrique de l’Ouest). AQMI tire son origine du FIS (Front Islamique du Salut, parti Algérien qui a été renversé par un coup d’Etat en 1989) qui est ensuite devenu le GSPC (Groupe Salafiste Pour la Prédication et le Combat) pour prendre le nom d’Al Qaïda en 2007. Ce groupe veut islamiser le pays pour ensuite continuer le mouvement dans toute la région de l’Afrique de l’Ouest. Le mouvement djihadiste est dissous dans le monde entier et s’appuie sur le narcotrafic et le terrorisme pour avoir des ressources financières. Ceci est également le cas au niveau du nord du Mali où les membres d’AQMI se sont réfugiés après avoir été chassés d’Algérie. Il y a plusieurs ressources naturelles disponibles (comme l’uranium, l’aluminium, l’or et le pétrole) et une agriculture développée (une office du Niger a été construite par la France durant la colonisation et devait servir à nourrir la métropole en récoltes).

Pourquoi ce groupe demeure-t-il encore uni aujourd’hui malgré ses failles ?

M.A: C’est l’intégrisme religieux qui les soude. Cette haine à l'encontre de l’Occident responsable de tous les problèmes locaux. Ils appliquent le wahhabisme (courant religieux apparu en Arabie Saoudite en 1750 qui veut ramener l’Islam à sa forme originelle), un courant extrême, ce que le Mali n’a jamais connu. Je trouve que c’est de l’obscurantisme, personne ne peut accepter de se faire couper le bras pour vol. Beaucoup d’habitants ont migré vers le sud. Ces attaques font partie d’un phénomène mondial, cela ne touche pas que le Mali.
 
A.A : Les survivants de la dissolution d’Al Qaïda se sont installés au Mali car ils pensaient y trouver un terreau favorable, du fait de sa richesse et de sa position géographique. Ils utiliseraient le Mali comme territoire miliaire convenable car il est facile d’aller au Sénégal ou en France depuis ce pays. C’est une zone vaste qui s’ouvre sur de nombreux Etats comme la Libye, le Tchad, le Sénégal ou bien encore l’Algérie, et c’est un endroit riche en ressources naturelles.
Ils veulent utiliser l’Afrique noire qu’ils considèrent à majorité musulmane (90% de musulmans au Mali), ce cœur historique d’où ont été créés de nombreux empires pour ensuite toucher des périphéries. Ils utilisent la notion d’impérialisme occidental pour justifier leurs actions. 

Et l’Algérie dans tout ça ?

M.A : La situation algérienne est complexe. On ne peut résoudre le conflit actuel sans impliquer l’Algérie avec qui il faut faire des unions et empêcher qu’elle repousse le problème au nord. Il ne faut pas des accords de complaisance, comme cela fut le cas à Tamanrasset en 1991 ou en 2006 à Alger, mais des accords concrets avec la mise en place d’un dispositif militaire, un contrôle des frontières et la connaissance de l’un et de l’autre. Après la Seconde Guerre mondiale, il y a eu une coopération entre la France et l’Allemagne pour se reconstruire et obtenir une force grâce aux collaborations pour combler les manques. C’est la même situation dans notre cas, le Mali seul ne peut rien faire face à ce problème.
 
A.A : Depuis l’indépendance malienne, l'Algérie et le Mali ont eu de très bonnes relations, on le voit notamment avec le nombre important de bourses accordées par cet Etat aux étudiants maliens. Nous avons plus de 1 376 km de frontières communes. Cela fait que nos deux pays sont sensiblement connectés, lorsqu'il y a un problème de banditisme chez l'un, cela influe également sur l'autre. L'origine des mouvements islamistes d'aujourd'hui vient de l'Algérie. C'est au moment où le FIS a été renversé et qu'ils sont tombés dans le maquis et le terrorisme car on ne les avait pas laissés exercer le pouvoir. Si on les avait laissés gagner, le même peuple qui les avait élus les aurait renversés du fait de la déception que le FIS aurait encouru. L'Algérie, plus que n'importe quel pays arabe, a des liens avec le Mali, le seul organe consulaire à Gao est celui de ce pays. C'est aussi une zone d'investissements, comme on le voit avec le butane, les pâtes et le couscous algériens vendus au Mali. Politiquement, humainement et économiquement, l'Algérie est la plus à même d'intervenir, je ne comprends pas son immobilisme. Il faut que l'Algérie intervienne au nord.

Que pensez-vous de l'intervention française au Mali ?

A.A : L'ensemble des Maliens, et même des Africains veulent cette intervention, ils ne se sont jamais sentis aussi proches de la France (l'ancien président de l'Union Africaine, Thomas BONI YAYI s’est dit « être aux anges » le 11 Janvier 2013). C'est une action militaire également légitimée par la résolution 2085 de l'ONU (Organisation des Nations Unies) avec ces buts précis que sont la libération du Nord Mali et la défense de l'intégrité nationale. La France, ce pays des droits de l'Homme, intervient seulement pour stopper ce phénomène de bras coupés pour des vols, de libertés individuelles foulées au pied (interdit d'écouter la radio, des femmes sont mariées de force, etc.), ces massacres d'enfants, ces pillages d'hôpitaux et ces viols. Il faut dans ce cas être un diable pour reprocher à la France d'intervenir dans cette situation où des êtres humains sont en train de mourir ou se font humilier. Cela donne un aspect moral, humain et social à cette action, dès lors légale.
Il y a également des relations historiques entre la France et le Mali, des relations économiques. À mon avis, ce pays a l'obligation d'agir pour ses ressortissants français et pour l'humanité.
 
M.A : Tous les démocrates sont contents de cette intervention : on ne peut parler de démocratie quand un Etat est coupé en deux. Nous vivons les choses, certes à distance, mais de façon permanente. Ce sont nos parents qui ont été soumis de force sans accord tacite à cette loi du plus fort. On peut le voir à la TV ou bien en écoutant à la radio : les populations sont heureuses d'être libérées de ce fardeau de l'intégrisme. Ceux qui critiquent cette action en parlant du spectre de la Françafrique ne mesurent pas la crise locale. Certes, il y a toujours des risques, mais cette intervention a le mérite d'empêcher le Mali de sortir de la carte. De plus, cela fait dix mois qu'il y a des négociations avec l'Union Africaine qui sont demeurées infécondes. Je préfère cette alliance avec la France où je peux négocier contrairement à la situation avec ces milices installées au nord qui refusent le dialogue.

Quels sont vos espoirs pour le futur ?

A.A : Que la France continue ses actions jusqu'au bout, il ne faut pas que des détracteurs pseudo humanistes l'en empêchent. Les forces africaines devront veiller, quant à elle, à ce que la sécurité territoriale et citoyenne reste stable. Il nous faut également un régime représentatif.
 
M.A : Il faut que cette intervention réinstalle la démocratie au sein du Mali. Pour ce faire, nous avons besoin d’une importante formation militaire car on a vu les nombreuses faiblesses du corps militaire malien. Nous devons également rétablir des élections libres. Mais il faut aussi faire revenir l'administration dans ces trois régions (Kidal, Tombouctou et Gao) qui portent les deux tiers du Mali : que la police revienne, les préfets aussi, etc. Il faut pour cela des projets à long terme.
Cette intervention doit permettre aux Maliens de se retrouver pour discuter, que les différents peuples fassent des projets ensemble. Au sein du CMRA, nous avons aussi des Touaregs, ce qui est important à traiter c'est le désaccord avec les rebelles qui ont pris les armes.
Il faut aussi une justice sociale où toutes les personnes qui ont commis des actes délictueux soient traduites devant le tribunal.
 
A.A : La France ne doit pas se subsister à notre Etat mais travailler avec les autorités maliennes en s'appuyant sur les volontés populaires, avec des conditions de vie équitable et un ordre constitutionnel normal. Que seul le droit l'emporte.

Pour plus d’informations sur le collectif : http://www.cmra.fr

 



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